L’intelligence économique et stratégique (IES)

L’intelligence économique et stratégique (IES)

Plusieurs siècles avant J.C., Sun Tzu insistait déjà sur l’importance de l’information préalable. Elle permettait au souverain éclairé et au général avisé de remporter la victoire, de réussir des actions qui sortaient du commun. Les préceptes fondamentaux étaient d’être renseigné sur l ’adversaire, de lui imposer sa volonté, de feindre, d’opacifier le système, de ne pas divulguer ses intentions, ses inventions, ses capacités et ses ressources, de le surprendre quand il se découvrait, de l’obliger à se disperser, d’agir en secret. Le Havamal, code du parfait Viking, mit aussi en avant des principes semblables : l’homme se devait de questionner pour être éclairé ; il ne devait jamais relâcher sa vigilance et ne jamais négliger la recherche  permanente du renseignement.
Le code d’honneur édictait de se mettre en garde contre tous les dangers possibles. Les réflexions et les constats d’industriels et d’universitaires sur l’intelligence économique - regroupés à l’initiative de Jean-Louis Levet autour de l’ex-patron de l’Aérospatiale, Henri Martre, au Commissariat général au plan - mirent en évidence l’importance de l’information en matière de compétitivité pour les Etats et les acteurs économiques, en se référant aux pratiques américaines, allemandes, suédoises, britanniques et japonaises. Il y était aussi question de protection nécessaire à la  préservation du patrimoine de l’entreprise, mais aussi d’interactivité à l’interne, interprofessionnelle, locale, transnationale ou internationale, de stratégies concertées et d’influence. (Commissariat général du Plan, 1994) Depuis, l’IES a fait l’objet de nombreuses définitions. Plusieurs d’entre elles nous paraissent intéressantes par rapport aux finalités de la logistique.


• L’IES s’appuie sur un « système sensoriel de perception vigilante, de compréhension cohérente, de persuasion permanente et d’action pertinente »… qui « fonctionne à base d’intelligence organisationnelle et décisionnelle, d’une logique de flux permanent, d’une volonté de solution plus que de production, d’implication et de solidarité plus que d’obéissance » (Massé, Thibault, 2001)

• « Démarche organisée visant à améliorer la compétitivité par la collecte, le traitement et la diffusion d’informations en provenance de l’environnement, qui enrichit le projet stratégique, mobilise les acteurs internes, utilise des outils spécifiques et s’appuie sur des réseaux internes et externes » (Bournois, 2000).

• La notion d’adversité complète celle de construction de sens : « L’intelligence est l’information elle même, son traitement, et l’organisation qui s’en occupe, tandis qu’elle l’obtient, l’évalue et l’utilise dans des conditions plus ou moins secrètes, compétitives ou coopératives, pour des besoins de conduite de tout système social et à propos de la nature, des capacités, des intentions, des opérations actuelles ou potentielles, d’opposants internes ou externes » (Dedijer, 1991).

• Loup Francart (2002) parle d’intelligence stratégique « capacité à comprendre, à décider et à conduire des projets complexes dans des situations d’interaction avec d’autres personnes ou organismes qui peuvent s’opposer, ne pas adhérer ou ne pas coopérer à l’action entreprise ».

• L'IES se fonde sur une politique voulue par le dirigeant. Elle est portée et déclinée par tous à travers une culture partagée, une organisation réticulaire, utilisatrice de méthodes et d’outils. Elle optimise la “chaîne de la valeur”, conceptualisée par l’économiste américain Michael Porter (Carayon, 2003).

Ainsi, le logisticien serait directement concerné par la mise en oeuvre d’une politique d’intelligence économique et stratégique. Celle-ci, rappelons-le, stimule l’anticipation et élargit la vision des dirigeants. En permettant une lecture globale qui intègre tant les acteurs que les signaux, elle éclaire la prise de décision stratégique. Elle oblige à prendre en compte les différentes facettes de la guerre de l’information, et, à se préparer au management de rupture ou de crise » (Delesse, Verna, 2002).

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