Lettre envoyée au ministre Karim Ghelab par les élèves officiers de l'ISEM

Lettre envoyée au ministre Karim Ghelab par les élèves officiers de l'ISEM

Approche de l’état critique actuel de l’établissement!

La raison d’être d’une administration d’école, c’est sans doute les étudiants de cette école.Mais quand une administration se dissocie de ses étudiants, il n’est pas plus étonnant de ne pas se poser des questions sur les missions de cette dernière. Et quand cela se passe dans une école de la marine marchande où on prétend comparer la vie des acteurs à la vie à bord d’un navire de commerce, on n’a plus envie de faire les aventures tant rêvées en mer.

En effet, la frustration des élèves officiers et officiers élèves s’explique fondamentalement par le refus délibéré de la part de l’administration de communiquer avec eux, malgré les nombreux disfonctionnements chroniques qui accablent et mettent à mal l’institut ainsi que la formation des futurs navigants. Un mutisme lamentable, inexplicable et, qui plus est, loin d’être anodin. Tout d’abord, nous sommes en 2011 et il n’est certainement pas adroit de dispenser aux apprenants actuels des cours que leurs aînés des années 80 avaient suivis dans les mêmes conditions. Pour des jeunes ambitieux et soucieux de leur avenir qu’ils espèrent meilleur, le moins qu’ils puissent faire, c’est de revendiquer une mise à jour sérieuse et dynamique du contenu de la formation ainsi que des ouvrages attelés à cet effet.

A cela s’ajoute les caprices de moins en moins supportables de la salle de documentation dont la disponibilité s’avère beaucoup trop contraignante au point d’être quasi inaccessible car ouverte seulement aux heures de cours. Etrange, non ? Sinon, comment pouvoir accéder à la bibliothèque alors qu’il suffit d’être absent au cours pour se voir exclu de l’internat ? D’après un règlement intérieur complet et serein dont le Directeur choisit de faire un usage vicieux. Et quand vous êtes exclu de l’internat, vous pouvez tout de même vous réjouir de n’avoir plus à passer de longues heures dans la file d’attente du réfectoire où s’alternent miraculeusement des pénuries intempestives qui sont devenues la règle infaillible. Un restaurant qui n’attire que lorsqu’on n’a plus une autre option, du fait de la qualité répugnante, à la limite médiocre, des ustensiles utilisées pour servir à manger, mais aussi du fait de la qualité à peine acceptable de cette nourriture que personne n’approcherait s’il était mentionné comme tel dans les menus.

Où mettre la tête ? Quand la bourse qui vous est impartie quotidiennement ne peut servir qu’à acheter un amuse-gueule sinon à rien d’autre ? Où mettre la tête ? Quand le règlement intérieur vous interdit de franchir le seuil du portail les jours ouvrables ? Que manger ? Lorsque le même règlement vous interdit l’usage d’ustensiles de cuisine dans des cabines qui ne comptent rien d’autre que deux lits et une table à peine en bonne forme ? Si Elèves Officiers et Officiers Elèves unifient leur voix pour réclamer l’eau chaude dans les douches de l’internat et ce, de façon quotidienne, c’est parce qu’ils espèrent légitimement une bonne hygiène de vie. Se doucher à l’eau froide n’étant pas faisable pour quelqu’un qui s’aime ; encore faut-il qu’il s’assure que l’infirmerie soit compétente et disponible ne serait-ce qu’une fois sur dix pour lui administrer les soins nécessaires.

Pas très confortable de porter une tenue uniforme, blanche en plus, quand vous avez fait le sport matinal et quotidien exigé par le règlement. En outre, la nécessité de réchauffage des cabines et des salles de cours n’est plus à démontrer. A fortiori, le constructeur de l’institut a doté ce dernier d’équipements de réchauffage ; aucunement à titre décoratif. Cette situation exceptionnelle de l’Institut Supérieur des Etudes Maritimes n’a pas empêché les élèves officiers de constituer malgré tout, un bureau pour faire entendre la voix de leurs délégués. Mais l’autonomie du bureau est étrangement mise à mal par le confinement sinon l’étouffement de la liberté d’expression à eux arrachée par un dirigeant qui s’évertue à davantage torturer les apprenants au point de leur rendre la vie impossible.

Par ailleurs, il n’est pas note informative de stipuler que les tenues officielles des officiers de la marine marchande sont multiples et diversifiées en fonction de la saison et de la nature du travail que ces derniers ont à accomplir. Stupéfiant de sortir de cette logique, non ? Eh oui. Il n’en est pas moins de voir tous ces modèles vestimentaires réduits à un complet à peine adéquat de chemise blanche et de pantalon remis aux élèves officiers un mois ou deux après leur entrée dans l’institut, lequel il faudra porter pendant quatre ans ou, qui sait, plus. Pourvu que vous ne vous fassiez pas prendre au piège d’un rusé qui fait flèche de tout bois pour vous faire mal, pour vous faire perdre un an ou deux dans cet environnement de moins en moins vivable. Force est de réitérer ici notre ardent désir d’un uniforme propice pour les cérémonies, de l’uniforme prévu par les réglementations nationales pour les sorties pédagogiques et autres activités parallèles, ainsi que d’une tenue de travail de bonne qualité. Aussi, voudrions-nous rompre avec cette rêverie qui se transforme au fil du temps en cauchemar. Celle de communiquer ouvertement avec les armateurs, nos futurs employeurs.

Quoi de plus normal ? Celle d’effectuer régulièrement les embarquements interclasses en vue de rapprocher nos connaissances théoriques de la réalité et de savoir à quoi cela ressemble, plutôt que d’accumuler pendant quatre années des connaissances qui s’échappent raisonnablement de nos esprits avant même que nous ne commencions notre formation pratique. Après des années d’attentes et de réclamations d’une amélioration de la formation pour au moins se conformer au normes internationales considérées comme étant l’un des piliers indispensables pour une formation au sein de n’importe quel établissement formant des officiers de la marine marchande .

Ces normes qui sont définis dans différentes conventions, on cite : 1. La convention internationale STCW sur les normes de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille qui n’est pas respectée à sa totalité :
• Les certificats ne sont pas délivrés en totalité et ne suivent pas un programme bien déterminé de formation en conformité à la STCW, et cela pour résoudre le problème de la limitation des brevets à un nombre restreint de navires. .
• En ce qui concerne la formation, les élèves Officier ne bénéficient pas de l’infrastructure de l’établissement en l’occurrence le volume horaire de la formation pratique (les simulateurs radar, de navigation, simulateur machine, des laboratoires d’analyses) est très restreint.
• Rénovation des équipements relatifs à la formation pratique (simulateurs machine, salles des travaux pratiques, laboratoire des langues).   

Quoi de plus lamentable pour un marin ? Nous disons tous ensemble OUI, nous voulons rompre définitivement avec cette rêverie de nous épanouir au sein de notre institut à travers des activités parascolaires. Pour ce faire, l’aménagement de ces espaces inexploités qui se convertissent progressivement en des brousses compromettant ainsi dangereusement la sécurité des élèves officiers ainsi que celle des officiers élèves, devient une nécessité immuable. Et pour finir, les élèves officiers de l’Institut Supérieur des Etudes Maritimes décident tous ensemble comme un, de mettre fin aux chantages perpétrés avec froideur et hostilité que subissent les officiers de service et les délégués des différentes sections.

Il nous importe ici de marteler que ces différentes revendications ne sont pas attendues pour être appliquées pendant une semaine ou deux, pendant un mois ou deux, ou pendant un an ou deux. Nous revendiquons pour nous. C’est évident. Mais nous revendiquons indéfectiblement pour nos successeurs. Afin que notre institut qui se dégrade dangereusement au fil du temps, ne soit plus comparable à une prison.

Oui. Assez d’un dirigeant impitoyable qui nous rend la vie impossible, à la limite amère !
Assez d’un dirigeant qui convertit merveilleusement la formation dans notre institut en un enfer où jubilent l’imposture et l’intimidation !
Tout ceci pour que notre institut soit véritablement un institut supérieur.
Vivement que ça change, et ce, maintenant. Nous avons à nouveau beaucoup d'espoir.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre haute considération.

 

BLOG COMMENTS POWERED BY DISQUS